13 juin 2006

Où l'on constate que le Colorado, ça se mérite...

voitur91...Suite des aventures dominicales...

Sur son promontoire je laisse Gordes à ses touristes, et emprunte une route qui serpente entre les cerisaies... Un Eden de Confiture sur branches ! De toutes parts, des cerisiers croulent sous leurs fruits gorgés de parfum... Profitez-en, petits oiseaux, le temps des cerises, les gais rossignols, les merles moqueurs, tout ça est bien trop éphémère...

Cap sur Rustrel, départ de l'excursion colorée.

Village flon-flon, à la signalétique discrète, parcours flêché... 2 km à la sortie... Parking du Colorado Provençal, nous y sommes... Comme tout a un prix dans la vie, j'avise gardant la barrière du dit parking une espèce de Lolo Ferrari raccourcie sur pattes, surmontée d'une touffe blond(asse), décolorée façon Alerte à Malibu... Sa souche à la main, elle me gratifie d'un grand sourire, et me zozote "SSSé deuzeuros sssinquante"... Bon, soit, paye heureux contribuable me dis-je, un gardiennage de cette trempe, ça se mérite... "Dites, Mademoiselle, vous n'auriez pas un plan du site, histoire de se repérer un tant soit peu ?..." _ Si, onna une plaquette d'informasssion, c'est troizeuros sssinquante"... me dit-elle en me tendant une simple feuille imprimée recto, format A4, où j'aperçois le lacis des chemins à emprunter pour trouver le Nirvâna... _ "Bon, ça me paraît cher le feuillet, tant pis je me débrouillerai..." lui déclarai-je avec le sourire contrit de circonstance qui excuse ma ratasserie... La Sophie Favier locale d'un bel élan généreux me dit alors "SSSSi vous voulez, ze peux vouzesspliquer un peu... "

Oh, charmante créature, mais avec plaisir ma toute belle, éclaire mon chemin de vagabonde égarée !!!

"Alors vouzavez deuzitinéraires... un là et un là me conseille t'elle en pointant d'un doigt verni de lilas écaillé avec petite étoile de strass collée, la carte au trésor succinte qui tient lieu de plan... Là ssssa mène à la casssscade-le pont-le ssssirque, là aux sssseminées de fée... "

Ouaip ! Merci ma douce, j'y vais de ce pas... Petite Ibiza sagement tu m'attends là, garée sous les ombrages, avec ou sans chenilles, on s'en fout, les vitres sont fermées, et hardi ma fille, tu vas découvrir la forêt S.C.I. (Société Civile Immobilière) de Merlin l'Enchanteur et Rackam Le Rouge réunis...

Le sentier s'engage sous les arbres, très sablonneux, le pas est vif, alerte, joyeux et léger... A tout hasard j'ai dégainé l'eos, oui, oui, celui de la pub, canon, you can... donc ça veut dire qu'avec ça on peut canner des bestioles croisées au détour du chemin... Tout en progressant sous la haute fûtaie, j'imagine déjà mettre sur pellicule (non sur carte mémoire) quelque écureuil familier, quelque chevreuil apprivoisé ou pourquoi pas une bête du Gévaudan égarée... Que nenni ! Rien de tout cela à l'horizon, même pas le vol noir du corbeau sur nos plaines... Ami, l'entends-tu ? Non, rien ni personne...

Soudain, j'avise une balise, plus familière pour moi que les HTLM de l'ordi... img_0141Mais oui, je suis sur la bonne voie.... Déjà j'entends le fracas étincelant de l'eau éclaboussant la mousse en une myriade de perles irisées (bon, d'accord, le fracas sur de la mousse c'est pas évident, mais c'est une tournure pour faire joli...)... Déjà je me sens enveloppée d'une brumisation naturelle surgie des entrailles de la terre...

A quelque temps de là, je croise un couple la mine renfrognée... " Vous allez à la cascade ?" me demande d'un ton las le jeune homme dégoûté... "Oui, c'est encore loin ?" lui répondis-je sur le ton enjoué de la bécasse qui ne doute de rien... "C'est pas la peine, ya pas d'eau." dit la voix péremptoire et manifestement déçue... "Ah bon ?!" (sur le coup, rien de plus poètique ne me vint à l'esprit) "ben, merci de m'avoir prévenue, remarque, il fallait s'en douter, le ruisseau en contre-bas est à sec

Demi-tour, qu'à cela ne tienne, après tout, un Colorado sans eau, ça semble logique... Sauf que tout ce vert me laisse perplexe, cette forêt tient plus de l'Amazonie que du Grand Canyon...

Enfin, j'entraperçois au travers des feuillages une petite falaise, je progresse vers elle et débouche sur un endroit dégagé, qui ressemble plus à une carrière crayeuse qu'à la Vallée de la Mort.... img_0138_dxo Bien bien bien je suis perplexe... Si bien mal acquis ne profite jamais, bien pas acquis du tout profite encore moins me dis-je en pensant à la Carte au Trésor rebutée de ma Lolo Ferrari... Faisons contre mauvaise fortune bon coeur, une pancarte me signale quand même que cette étendue blanchâtre, c'est "Le Cirque"... si ça continue ce cirque va me faire tourner en bourrique...

Mon bâton de pélerin virtuel en tête, je repars, toujours à la recherche de mon Eldorado...

J'abandonne une procession de quelques égarés dans mon genre, après avoir avisé une sorte de falaise crayeuse, à la crête de laquelle poussent quelques pins... Peut-être me dis-je, en l'escaladant, découvrirai-je la Terre Promise derrière.... Allez zou, je fais mon Moïse, et entreprends de grimper le raidillon... Glissant, épouvantablement glissant, un pas en avant, deux en arrière... impossible de se rattraper aux buissons, fussent-ils épineux, vu qu'il n'y en a pas... Là maintenant je me la joue Lawrence d'Arabie, attendu que c'est une espèce de dune verticale... Quelques mètres, encore un peu plus haut, un petit col instable, monter encore, ne pas regarder en bas, ça destabilise, et ça y est, je suis en haut !

Mazette ! Quel panorama ! A ce stade du récit, vous êtes contents pour moi, vous vous dites, ça y est, elle a réussi, s'étale à ses pieds le vertigineux Canyon des westerns de notre enfance !

Plus prosaïquement, je vous avouerai découvrir une cuvette façon Ballon d'Alsace, over-dose de vert, mais PAS la moindre roche rouge à l'horizon.... Je vous passerai la suite de vocabulaire qui me traverse alors l'esprit, j'enrage de plus en plus, contre l'autre bécasse qui m'a fourvoyé avec ses zozotements imprécis, contre la fumisterie d'un bout de terrain qu'une municipalité vénale a pompeusement baptisé Colorado, et surtout contre moi-même qui me traite de dernière des gourdasses... (il faut dire aussi que mon petit chéri expatrié, mon Télémaque adoré, est venu ici l'été dernier, en a rapporté une série de photos à couper le souffle, et mon orgueil est piqué au vif, devant un égarement aussi lamentable...)

Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, j'entreprends de redescendre de mon promontoire et prudemment j'applique les consignes savoyardes du bon petit skieur : les carres parrallèles à la pente... Bien sûr je perds l'équilibre et me retrouve donc baptisée de cette poussière super fine prise par mes yeux défaillant pour du sable... Crétine !... Tu es belle maintenant, les fesses couleur saumon...

A nouveau petit chemin, qui ne sent plus la noisette croyez-moi, mais par contre pour n'avoir ni queue ni tête, n'en déplaise à Mireille, il se pose là ! Et vas-y que je regrimpe un nouveau monticule, façon coron cette fois-ci, oui, oui, comme au Nord, y en avait... ah ! qui vois-je en contrebas ? Deux jeunes filles sac au dos, arborant à la main comme un étendard le précieux sésame, la carte au trésor.... Aussitôt : " Bonjour ! Sauriez-vous m'indiquer où sont les cheminées de fée ?" _ Hello ! Do you speak english ? me répond l'une d'elles avec un large sourire.... Aie aie aie, me voilà bien, italien si elles veulent, espagnol sans problème, mais à l'anglais je viens de me remettre pour vivre à l'heure de Télémaque, et là on fait moins sa fière.... Donc "yes, a little.. " suit une mélopée shakespearienne de la mignonne, durant laquelle je passe en revue mes dernières révisions (do you want some more bread ? aucun intérêt - voulez-vous un peu plus de pain- how long have you been waiting-depuis combien de temps attendez-vous-) je suis tétanisée par mon incompétence, tout en écoutant leur litanie, et comme dans un cauchemar, en sur-impression, un calque transparent, je me vois perdue à l'aéroport JFK de New York, en transit pour San Francisco, prête à monter dans le premier avion pour New Delhi, par amalgame confus d'un vocabulaire hésitant...

Merci, merci, trop gentilles les fifilles, je ne suis pas plus avancée et perdure dans mes pensées glauques sur une destinée incertaine... Au passage, j'avise sans sourciller un caillou fantôme qui se dresse fièrement sur ma route... img_0146

Les pensées les plus folles me traversent l'esprit, peut-être ce Colorado d'operette devrait être repeint chaque année, ses belles couleurs se délavant avec les pluies et n'ont ils pas eu le temps d'assurer pour l'arrivée des estivants ? Ce délire provient sûrement d'un début de déshydratation...

Il est temps de faire une halte et de réfléchir à la conduite à tenir pour venir à bout de cette énigme...

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Même si Belzébuth en personne doit m'indiquer le chemin, que diable, je le trouverai ce pseudo-Colorado...

Suite au prochain épisode...

Posté par PENELOPE à 10:55 - Commentaires [6] - Permalien [#]


Commentaires sur Où l'on constate que le Colorado, ça se mérite...

    j'adore te lire!!
    vite la suite

    Posté par peggy, 13 juin 2006 à 13:50 | | Répondre
  • Oh ! C'est marrant, on dirait l'expédition avec Didier il y a 2 ans à la forêt de Paimpon, ex-Brocéliande... comme carte, un vulgaire papier A4 à environ le même prix que celui de ta lolo-poupette et jamais nous n'avons trouvé les lieux-dit, ah, si j'ooubliais, nous avons trouvé le tombeau de Merlin qui n'a d'enchanteur que le nom quand on voit la "beauté" de son tombeau (z'êtes sur qu'il était aimé cet homme ?) ! Peut-être que ce caillou dressé est en fait la cheminée des fées... alors enfin, bon, quand même, une petite pancarte ça n'a jamais tué personne ?!

    Posté par thalie, 13 juin 2006 à 15:29 | | Répondre
  • j'adore,pendant ce temps les aiguilles refroidisses et ça repose les poignets ,moi aussi je suis balance et mariée avec un bélier ça s'équilibre,j'attend la suite avec impatience a+..

    Posté par denise m, 13 juin 2006 à 21:12 | | Répondre
  • Ah que j'aurais aimé t'accompagner ! Tant d'aventures et de surprises dans notre pays ? J'attends la suite, haletante et exsangue, vite, mes vitamines !

    Posté par Christine, 13 juin 2006 à 22:54 | | Répondre
  • Ah, le Colorado-à-gogos...
    (Souvenirs d'enfance, et les visites à Roussillon, et les sachets de sables rouges pour remplir des bouteilles, et les éternels marchés bracelets-de-cuir poteries-rustiques, et la Loanna des parkings surchauffés...)
    Puisque tu es dans le coin, fonce plutôt à Sault acheter du Jésus et du nougat. A Sault il n'y a rien ni personne et même pas de parking (en tous cas quand on y allait), et leur nougat répare tous les outrages, crois-moi!!

    Posté par Sophie, 14 juin 2006 à 15:12 | | Répondre
  • Ah, chouette revoila Penelope !
    Tres tres heureuse de vous relire. ( et merci Christine (73) d'avoir signale le retour...)

    Tres belles region que le Luberon. Bonne chasse au Colorado.
    Si le fiston reste la-bas sur la cote Ouest, p'tet que ca donnera un pretexte pour aller voir le vrai, le Grand Canyon, non ?

    ps: sur le site de bergere de France, il y a untricotheque avec des models sympas pour Hommes.

    Posté par Nathalie, 14 juin 2006 à 18:17 | | Répondre
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